Rendez-vous est pris chez lui, à deux pas du Père Lachaise. Le quartier sied toujours aux artistes : ce n’est donc pas réellement un hasard si c’est ici qu’on trouve Nicolas L, 27 ans. "Bon, évidemment, il y a aussi le prix du loyer…", précise-t-il avec une pointe d’ironie, et pas mécontent de faire ainsi un clin d’œil au cliché de l’artiste fauché dans sa chambre de bonne.
Effectivement, il faudra encore patienter quelques années avant une prochaine entrevue au George V. Quand il sera devenu un grand photographe, peut-être. En attendant, l’immeuble est envahi par les odeurs de friture du snack du rez-de-chaussée, le studio sent le renfermé et les murs nus, en cours de tapissage, dénotent une tentative d’améliorer cet environnement assez peu glamour. Nous sommes loin des studios aseptisés de photographes prestigieux tels qu’on se les représente. Et pourtant, Nicolas pratique le sixième art avec un talent réel.
L’ancien étudiant en histoire à l’école du Louvre a rangé ses cours pour se vouer à cet art, et cette fois en tant que créateur. Il s’adonne à la photographie, à la poésie aussi. "Photographe/écrivain en devenir", c’est ainsi qu’il se présente sur son blog. "Je viens de terminer mon deuxième recueil, mais en ce moment, je n’arrive plus à écrire", explique-t-il en prenant cette fois de faux airs d’artiste maudit en panne d’inspiration. Et toujours ces mimiques qui jettent le doute sur le sérieux de ses paroles.
S’il y a bien quelque chose d’artiste en lui, c’est peut-être d’abord ce détachement teinté de cynisme. C’est vrai, il le confesse volontiers, sa relative inactivité du moment n’appelle pas à la fanfaronnade. Mais elle n’est qu’administrative ; à l’abri des regards, les cartes mémoire et autres disques durs se remplissent à longueur de semaine.
Dans le petit appartement, par terre, des magazines de rencontre gay traînent négligemment. Est-ce donc une source d’inspiration ? Nicolas réalise surtout des portraits d’hommes, parfois dénudés, mais s’efforce de ne pas tomber dans la banalité picturale des photos d’annonces ou de celles de Têtu, où des bellâtres prennent les mêmes poses convenues page après page. Ces magazines posés sur la moquette défraîchie lui ont été prêtés par un garçon désireux de s’assurer les services d’un photographe un peu moins amateur que d’autres, pour la réalisation d’images qu’il mettra en ligne sur des sites de rencontre.
C’est d’ailleurs sur ce type de sites qu’il repère la plupart de ses modèles. Voudrait-il nous faire croire qu’il ne les fréquente pas pour autre chose ? "Ah non, ça n’a rien à voir avec la libido. Avec la photo, même devant des mecs à poil, c’est d’être derrière l’objectif qui me procure du plaisir." C’est dit, on ne pourra plus l’accuser de cacher ses pulsions derrière un prétexte artistique fallacieux. Ses clichés favoris sont d’ailleurs compilés sur un book à consulter en ligne – et déconseillé aux mineurs. En effet, on peut de temps à autre y voir déballée l’intimité de jeunes hommes. Mais il n’est pas question de voyeurisme ; de ses images se dégage souvent l’impression paradoxale que la nudité n’est qu’apparente, et on les appréhende avec une distance a priori insoupçonnée.
Rien ne soupçonnait non plus que Nicolas se tourne vers cette forme d’expression artistique. En sortant du lycée, il se tourne vers une prépa scientifique. Puis l’ennui le conduit à quitter sa Picardie natale et à abandonner des études aussi peu excitantes que la campagne locale. S’en suit un cursus en rapport avec l’histoire, puis une spécialisation en histoire de l’art. C’est à cette occasion qu’il fortifie encore son bagage culturel et se lance dans la pratique d’une forme d’expression particulière. "Au commencement un peu par hasard, en pleine addiction depuis trois ans", explique-t-il sur sa page web. "Au début, j’ai du emprunter un appareil numérique à une amie. Les photos étaient catastrophiques mais j’ai quand même adoré ça !"
Il me précise par ailleurs ses intentions : "Je m’étais donné trois ans pour être exposé. En 2007, c’est décidé, je me lance sur le marché." Pour le moment, il n’a pas encore la prétention de monnayer ses prestations. Certains lui proposent naturellement de l’argent, mais il préfère encore garder pour un temps son statut d’amateur. Il ne se compromettra pas non plus à faire ce qui ne l’intéresse pas, comme quand cette maison de disque l’avait contacté pour prendre les photos d’un nouveau chanteur romantique un peu ridicule. "Ils m’ont demandé mes tarifs, je n’ai même pas su quoi répondre!"
En attendant, difficile de vivre des portraits et des paysages qu’il réalise pour son plaisir. Quels sont donc ses projets concrets ? Il parle pour le moment d’une association avec un ou deux "collègues" partageant sa situation. Les associés jouiraient d’un lieu de travail digne de ce nom – plus que la modeste habitation qui lui sert actuellement de studio – et d’une vitrine commune. Il lui restera ensuite à s’imprégner des pratiques d’une profession comportant un volet commercial inévitable. Rendez-vous donc dans trois ans pour voir si notre homme aura su marier exigence artistique et pragmatisme du marché !
Effectivement, il faudra encore patienter quelques années avant une prochaine entrevue au George V. Quand il sera devenu un grand photographe, peut-être. En attendant, l’immeuble est envahi par les odeurs de friture du snack du rez-de-chaussée, le studio sent le renfermé et les murs nus, en cours de tapissage, dénotent une tentative d’améliorer cet environnement assez peu glamour. Nous sommes loin des studios aseptisés de photographes prestigieux tels qu’on se les représente. Et pourtant, Nicolas pratique le sixième art avec un talent réel.
L’ancien étudiant en histoire à l’école du Louvre a rangé ses cours pour se vouer à cet art, et cette fois en tant que créateur. Il s’adonne à la photographie, à la poésie aussi. "Photographe/écrivain en devenir", c’est ainsi qu’il se présente sur son blog. "Je viens de terminer mon deuxième recueil, mais en ce moment, je n’arrive plus à écrire", explique-t-il en prenant cette fois de faux airs d’artiste maudit en panne d’inspiration. Et toujours ces mimiques qui jettent le doute sur le sérieux de ses paroles.
S’il y a bien quelque chose d’artiste en lui, c’est peut-être d’abord ce détachement teinté de cynisme. C’est vrai, il le confesse volontiers, sa relative inactivité du moment n’appelle pas à la fanfaronnade. Mais elle n’est qu’administrative ; à l’abri des regards, les cartes mémoire et autres disques durs se remplissent à longueur de semaine.
Dans le petit appartement, par terre, des magazines de rencontre gay traînent négligemment. Est-ce donc une source d’inspiration ? Nicolas réalise surtout des portraits d’hommes, parfois dénudés, mais s’efforce de ne pas tomber dans la banalité picturale des photos d’annonces ou de celles de Têtu, où des bellâtres prennent les mêmes poses convenues page après page. Ces magazines posés sur la moquette défraîchie lui ont été prêtés par un garçon désireux de s’assurer les services d’un photographe un peu moins amateur que d’autres, pour la réalisation d’images qu’il mettra en ligne sur des sites de rencontre.
C’est d’ailleurs sur ce type de sites qu’il repère la plupart de ses modèles. Voudrait-il nous faire croire qu’il ne les fréquente pas pour autre chose ? "Ah non, ça n’a rien à voir avec la libido. Avec la photo, même devant des mecs à poil, c’est d’être derrière l’objectif qui me procure du plaisir." C’est dit, on ne pourra plus l’accuser de cacher ses pulsions derrière un prétexte artistique fallacieux. Ses clichés favoris sont d’ailleurs compilés sur un book à consulter en ligne – et déconseillé aux mineurs. En effet, on peut de temps à autre y voir déballée l’intimité de jeunes hommes. Mais il n’est pas question de voyeurisme ; de ses images se dégage souvent l’impression paradoxale que la nudité n’est qu’apparente, et on les appréhende avec une distance a priori insoupçonnée.
Rien ne soupçonnait non plus que Nicolas se tourne vers cette forme d’expression artistique. En sortant du lycée, il se tourne vers une prépa scientifique. Puis l’ennui le conduit à quitter sa Picardie natale et à abandonner des études aussi peu excitantes que la campagne locale. S’en suit un cursus en rapport avec l’histoire, puis une spécialisation en histoire de l’art. C’est à cette occasion qu’il fortifie encore son bagage culturel et se lance dans la pratique d’une forme d’expression particulière. "Au commencement un peu par hasard, en pleine addiction depuis trois ans", explique-t-il sur sa page web. "Au début, j’ai du emprunter un appareil numérique à une amie. Les photos étaient catastrophiques mais j’ai quand même adoré ça !"
Il me précise par ailleurs ses intentions : "Je m’étais donné trois ans pour être exposé. En 2007, c’est décidé, je me lance sur le marché." Pour le moment, il n’a pas encore la prétention de monnayer ses prestations. Certains lui proposent naturellement de l’argent, mais il préfère encore garder pour un temps son statut d’amateur. Il ne se compromettra pas non plus à faire ce qui ne l’intéresse pas, comme quand cette maison de disque l’avait contacté pour prendre les photos d’un nouveau chanteur romantique un peu ridicule. "Ils m’ont demandé mes tarifs, je n’ai même pas su quoi répondre!"
En attendant, difficile de vivre des portraits et des paysages qu’il réalise pour son plaisir. Quels sont donc ses projets concrets ? Il parle pour le moment d’une association avec un ou deux "collègues" partageant sa situation. Les associés jouiraient d’un lieu de travail digne de ce nom – plus que la modeste habitation qui lui sert actuellement de studio – et d’une vitrine commune. Il lui restera ensuite à s’imprégner des pratiques d’une profession comportant un volet commercial inévitable. Rendez-vous donc dans trois ans pour voir si notre homme aura su marier exigence artistique et pragmatisme du marché !

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