vendredi 2 février 2007

Police de proximité

Dix-huit heures. Les effluves des fast-food et les gaz d'échappement parfument le parvis de la gare du Nord. Immobilisé face au bistrot, le fourgon de police fait de la figuration. De l'extérieur, on devine une dizaine de silhouettes de gaillards identiques, le couvre-chef vissé sur la tête. Les bobos et les petites frappes de passage toisent le véhicule et ses occupants. Il y a à la fois de la méfiance et de l'amusement dans l'air.

Pourtant, on ne remarque aucune sorte d'agitation anormale dans le quartier. Que font-ils donc ici? Des jeunes beurs passent, puis un type avec des rasta : échanges de regards insistants à travers les vitres du fourgon. Une fine et élégante jeune femme roule des hanches en contournant la camionnette pour traverser la rue, provoquant un torticolis collectif parmi les occupants du véhicule.

S'annonçant par un bruit envahissant de roulettes de valise sur le sol, une quadragénaire fonce tête baissée vers la gare pour ne pas rater son train. A un mètre du panier à salade, patatras : elle trébuche et s'effondre. Aussi sec, sur la terrasse du café, les têtes se tournent, les conversations s'arrêtent, les visages affichent l'anxiété. Les Parisiens ne sont pas si insensibles qu'on le croit. Mais personne ne se lève, tant l'évidence d'une intervention d'au moins un homme en uniforme s'impose. "Qu'attendent-ils?", paraissent s'interroger à cet instant la douzaine de témoins visiblement indignés. Dix, quinze secondes s'écoulent. Elle ne bouge pas. Enfin, une jeune femme, magnifique ange gardien, a l'humanité de s'arrêter sous les vitres des policiers pour offrir son aide à l'infortunée. Elle jette un regard glacé aux représentants de l'ordre, puis trace sa route.

Un grand bonhomme daigne finalement sortir du fourgon, apparemment embarrassé sans qu'on sache si c'est à cause du regard des témoins ou parce qu'il a été désigné par ses collègues. Trop tard, la victime s'est déjà éloignée. Pour ne pas perdre la face, l'homme en bleu s'engage alors, aux abords de son QG roulant, dans un tour de ronde aussi pathétique qu'inutile. Sur la terrasse de la brasserie, le brouhaha reprend. On ne devisera pas des bienfaits de la présence policière cette fois-là…

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