lundi 10 décembre 2007

La Belgique n’est pas le Rwanda !


Alors que le royaume n’a jamais été aussi proche de l’éclatement, l’ex-futur premier ministre Yves Leterme en remet une couche : il vient de comparer l’audiovisuel public francophone à Radio Mille Collines, qui avait appelé au massacre des Tutsis à l’aube du génocide de 1994.


Six mois sans gouvernement, et toujours aucun signe d’apaisement. Au contraire, tout laisse à penser que le chef de file des démocrates-chrétiens flamands, Yves Leterme, l’homme politique numéro un en Flandre, fait tout pour jeter de l’huile sur le feu et provoquer un divorce définitif entre le nord et le sud de la Belgique. Dans un entretien publié samedi par les quotidiens flamands Het Belang van Limburg et Gazet van Antwerpen, Yves Leterme compare la RTBF à "Radio Mille Collines", cette radio rwandaise qui avait appelé au massacre des Tutsis en 1993-1994 et marqué le prélude au génocide.

Peut-on encore appeler cela de la politique ? En fait, Yves Leterme n’en est plus à une provocation près. Depuis quelques mois, il a su se rendre extrêmement impopulaire auprès des Belges francophones – et à l’inverse très populaire en Flandre – après une série de déclarations d’un goût douteux. L’an dernier, il avait provoqué un tollé en déclarant dans Libération que les francophones n’étaient "apparemment pas en état intellectuel d’apprendre le néerlandais." Puis, le 21 juillet, jour de la fête nationale outre-Quiévrain, il avait fredonné la Marseillaise à un journaliste de la RTBF qui lui demandait de chanter l’hymne national belge. A ce jour, personne n’a encore compris s’il s’agissait d’une bourde ou d’une provocation…

Veut-il vraiment être premier ministre de la Belgique ?

Autant de déclarations pour le moins maladroites qui ont achevé de décrédibiliser M. Leterme en tant que potentiel premier ministre du royaume de Belgique. Car les élections générales qui ont eu lieu en juin dernier avaient fait de lui le candidat incontournable à ce poste : Yves Leterme, ancien ministre-président de la région flamande, est le patron de la première formation politique de Flandre, sans laquelle rien n’est possible lorsqu’il s’agit de former un nouveau gouvernement.

Le problème, c’est que le CD&V de M. Leterme a conclu un accord électoral avec un petit parti ouvertement indépendantiste dont il ne peut plus se départir sous peine de perdre la face en Flandre. Depuis six mois, les négociations avec les partis francophones n’ont donc pas avancé, puisque ces derniers refusent toute réforme constitutionnelle visant à dépouiller l’état fédéral de ses dernières prérogatives, comme le souhaitent les Flamands. Aujourd’hui, certains se demandent si Yves Leterme ne cherche tout simplement pas à envenimer la situation pour provoquer de facto la fin de la Belgique.

C’est d’ailleurs plutôt réussi : cette crise politique est la plus grave qu’ait jamais connue le plat pays. Dernier rempart contre l’éclatement, le roi Albert a multiplié les initiatives pour apaiser les parties. Dernière en date, la reconduction du premier ministre sortant Guy Verhofstadt à la tête d’un "gouvernement d’urgence", pour donner malgré tout au pays une ébauche d’horizon politique. A lui maintenant de prouver que la Belgique mérite de dépasser ses tensions communautaires…

1 commentaire:

Pauline a dit…

Excellent papier! On devrait parler plus souvent de nos voisins belges...