mardi 9 janvier 2007

Vieilles pierres et Bollywood

Derniers jours pour profiter des manifestations culturelles proposées dans le cadre de "Bombaysers de Lille 3000", prolongement de l’opération Lille 2004 Capitale européenne de la Culture. Jusqu’au 14 janvier, la capitale des Flandres est encore à l’heure indienne. L’occasion de (re)découvrir la culture de l’Inde dans des lieux parfois insolites.

Au cœur du Vieux Lille, c’est l’art populaire indien qui est mis à l’honneur. Le musée de l’Hospice Comtesse, ancien hôpital de la ville à l’époque médiévale, a plutôt l’habitude d’accueillir des expositions plus académiques. Dans un décor d’un autre temps, sous les vitraux et les grandes poutres, s’offre au visiteur un contraste saisissant entre l’exposition haute en couleur et son prestigieux écrin. Autant ce dernier peut impressionner le chaland, autant le thème de l’exposition – "l’Art populaire indien" - se veut accessible au plus grand nombre. L’intention est louable : il s’agit d’expliquer l’évolution de l’imagerie populaire indienne en s’efforçant de ne pas se vautrer dans les clichés. L’exposition passe en revue l’imagerie en circulation dans le sous-continent depuis le milieu du XIXème siècle.

Evidemment, l’art pictural indien, aussi divers soit-il, est coloré, même lorsqu’il s’agit de photographies en noir et blanc. Broderies, cartes postales et lithographies plongent d’emblée le curieux dans des scènes de la vie quotidienne de la seconde moitié du XIXème siècle. Les héros de la mythologie hindoue, comme Krishna, sont omniprésentes, et on les trouve elles aussi dans des postures très humaines, jusqu’à certaines scènes à la limite de l’érotisme. Le religieux envahit l’espace profane, la sensualité s’allie au sacré et bouscule nos consciences occidentales. Ce n’est pas encore le Kamasutra, mais cela commence à y ressembler !

La surcoloration des premières photographies et l’ajout d’incrustations métalliques, issus en grande partie de la peinture indienne traditionnelle, illuminent certaines pièces dans des proportions alors sans doute inconnues en Occident. Photographie ? Peinture ? Les visiteurs s’y perdent, tout étonnés d’être piégés par ces techniques pourtant obsolètes, à notre époque marquée par la saturation de l’espace visuel par des images artificielles.

Au fil de vos déambulations dans la vaste salle, vous sentirez progressivement l’influence coloniale monter en puissance. Les images modernes flottent entre l’ethnographie et la représentation publicitaire à l’occidentale. On retrouve les mythes de la "belle du village" et d’une vie simple, avec un parfum quelque peu artificiel. Inévitablement, les pièces exposées deviennent de moins en moins empreintes de ce charme indien si particulier. Reste le kitsch prononcé de ces collages représentant les dieux sur un fond de paysage alpin, se délassant au pied d’un chalet en bois. Mais ce qui parait totalement incohérent n’est rien d’autre que la vérité. L’imagerie populaire s’est rapidement tournée vers les supports à caractère publicitaire, calendriers ou boîtes d’allumettes sur lesquelles figure un Krishna multiple et multicolore tel la Marilyn d’Andy Warhol. Décidemment, les Occidentaux n’ont rien inventé !

Sous un aspect ludique, le visiteur découvre en fait un pan méconnu de l’histoire de l’Inde. La colonisation et les échanges commerciaux qu’elle a impliqués ont sonné le glas des objets de culte traditionnels. Mais la diffusion de cette imagerie mercantilo-religieuse dans tout le sous-continent a réveillé l’hindouisme panindien, renforçant du même coup le sentiment d’unité nationale. Le collage deviendra par la suite revendicatif, et l’exposition s’achève sur une série d’affiches à la gloire des grands personnages de l’indépendance.

Un regret, finalement : l’imagerie contemporaine est passée sous silence, et seuls quelques mètres carrés – inaccessibles au public – agrémentés d’une dizaine de pièces diverses viennent illustrer l’inventivité de l’Inde du XXIème siècle. On reste sur sa faim, mais sans doute cela est-il destiné à aiguiser l’appétit du visiteur qui s’orientera tout naturellement vers les autres expositions du grand festival indien…

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