lundi 15 janvier 2007

Revue de presse - Congrès d'intimidation


A moins d’avoir passé la semaine dernière au fin fond du Tadjikistan, il ne vous aura certainement pas échappé que se tenait ce week-end le congrès d’investiture de Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle. Près de 80 000 militants UMP (selon le mouvement lui-même) venus de toute la France se sont massés au Parc des Expositions de la Porte de Versailles pour ce qui était sans doute le non-événement de l’année. Pour le camp Sarkozy, c’était une véritable démonstration de force, l’occasion de reprendre la main face au phénomène Royal, et une immense opération de communication plutôt réussie si l’on en juge par l’écho rencontré par la manifestation dans les médias.

Des couvertures à la pelle, tout d’abord. Impossible de ne pas croiser le regard du ministre de l’Intérieur en passant près d’un kiosque. D’un titre à l’autre, le visage du ministre présente une expression différente, mais qu’il s’agisse de quotidiens ou d’hebdomadaires, on nous promet invariablement la "vérité" sur ce personnage qui déchaîne les passions.

La presse de droite utilise la même recette, en propulsant en couverture des photographies – pourtant peu flatteuses, il faut bien le dire – en noir et blanc du Sarkozy des années 1970, cheveux longs, posture de jeune ambitieux délivrant ses premiers discours face aux jeunes de l’UDR. Le but avoué de l’exhumation de ces antiquités ? Epaissir le côté mythique d’un candidat qui, toute sa vie durant, n’aurait eu pour ambition que la conquête du pouvoir. D’où des légendes versant sans complexes dans le récit historico-people, "Le roman du pouvoir" pour Valeurs actuelles, "L’enfance d’un chef" pour le Point.

Le Parisien, dans son dossier de dix pages exclusivement consacré à Sarkozy, prétend dévoiler "la vraie nature de Nicolas". En couverture, une photo du ministre visiblement en pleine réflexion. A l’intérieur, moult photographies du président de l’UMP en action au cours de ses trois premières décennies d’engagement politique, des entretiens avec des proches (amis d’enfance) et des moins proches (les Sarközy restés en Hongrie, qu’il n’a jamais fréquentés). Le quotidien ne s’aventure guère au-delà des chemins balisés – Sarkozy et les jeunes, Sarkozy et les célébrités… Un dossier à la fois complet et consensuel.

On retrouve la même dimension personnelle dans le dossier préparé par l’Express. En couverture, Sarkozy, mal rasé, accompagné de son épouse, semble lâcher un éclat de rire sous le soleil d’Arcachon. Là encore, on nous promet "ce qu’on ne [nous] a jamais dit sur Sarkozy". Le dossier s’ouvre sur une série d’anecdotes classées par ordre chronologique, soulignant ainsi le cheminement du candidat vers les plus hautes sphères. Cinq pages consacrées au bilan du ministre de l’Intérieur font office d’investigation rationnelle. Il n’en est rien dans les pages de VSD, qui, sous un Sarkozy à l’allure grave, titre sobrement "les cent jours qui vont changer sa vie."

Sans surprise, le traitement réservé à Sarkozy par le Nouvel Observateur est moins tendre. Sur la couverture, le patron de l’UMP semble éprouver une certaine gêne, si l’on considère qu’il n’est pas carrément en train de jeter un regard hostile à l’objectif. Ici, on ne verse pas dans le roman : il ne s’agira de rien d’autre que du "vrai bilan de Sarkozy" en matière de sécurité. Le dossier – mais peut-être faut-il plutôt parler de réquisitoire ? – est complet, agrémenté d’un long entretien avec un spécialiste, de tableaux et de chiffres. Plus qu’ailleurs, on y détaille l’escroquerie aux chiffres publiés par la place Beauvau. Tout cela est en soi assez explosif mais paraîtra finalement bien fade à côté des feuilletons proposés ailleurs par la presse française…

Quant au congrès de dimanche en lui-même, il faudra attendre la fin de cette semaine pour connaître la réaction de l’ensemble de la presse française. Une anecdote néanmoins : alors que toutes les grandes chaînes de télévision nationales insistent sur le plébiscite réservé au ministre de l’Intérieur par son mouvement (plus de 98% des suffrages exprimés), c’est vers les médias étrangers qu’il faut se tourner pour obtenir une analyse plus nuancée, rappelant que finalement, Sarkozy n’a été désigné que par le vote de 69% des membres du parti. "Le résultat n’a pas été le plébiscite total auquel il s’attendait, et la déception s’est lue sur son visage au moment de son annonce", précise Caroline Wyatt, la correspondante de la BBC

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