dimanche 19 novembre 2006

Revue de presse - Le Pen et Dieudonné, leur premier spectacle au Bourget

Hasard habilement exploité ou opération de communication mûrement réfléchie, la présence de Dieudonné aux journées "Bleus-Blancs-Rouges" du Front national n'est pas passée inaperçue. Le Canard enchaîné répond d'emblée à ceux qui s'interrogeaient encore sur la nature de cet événement : "L'"humoriste" Dieudonné ne s'est pas invité à la fête du Front national, samedi 11 novembre, comme des radios et des télévisions l'ont dit et répété. Il y a bel et bien été invité", précise le journal satirique. Une information que l'on aurait effectivement aimé retrouver dans des médias dits "sérieux".

La mise en cause du traitement de cette information par les grands médias audiovisuels est également palpable dans les colonnes du Nouvel Observateur. Claude Askolovitch y voit "plus qu'un coup médiatique : l'expression d'une logique politique". "Ah! l'admiration de l'élève pour le maître!", ironise-t-il comme pour appuyer le fait que ces deux-là devaient forcément finir par se trouver. Pour Christophe Ono-Dit-Bio du Point, l'alliance a priori contre nature entre Le Pen et Dieudonné n'est qu'un révélateur d'une extrême-droite recrutant tous azimuts. La fête du Bourget est décrite sans ambages comme le "festival de la carpe et du lapin" ; "on croisait en effet pêle-mêle de skinheads […] et des fillettes à serre-tête […]. Des stands avec de jolies danseuses à soutien-gorge en noix de coco et d'autres où l'on vantait la pudeur, la pénitence et la criminalisation de l'avortement…" Dans un tel contexte, la présence de l'ex-humoriste n'était que l'apogée d'un bric-à-brac où l'on ne s'offusquait pas des contradictions les plus flagrantes. Et le Point de décrire la messe du Bourget, dite en latin : "un sigle "Le Pen président" monumental écrasait […] la croix et les cierges, tandis qu'à dix mètres, sur le stand de l'extrême-droite flamande, on en était déjà à la troisième bière." Pas besoin d'en rajouter dans le second degré, les faits se suffisent à eux-mêmes.

Par contraste, le Canard enchaîné et le Nouvel Observateur s'inscrivent donc moins dans la description de la fête frontiste que dans celle des coulisses de la rencontre entre le chef du FN et l'ancien complice d'Elie Semoun. On prend alors connaissance des passerelles existant entre les deux hommes, à savoir Farid Smahi, cadre du FN et ami de Dieudonné, tout comme l'écrivain Alain Soral et l'ancien président du GUD, le groupuscule étudiant fascisant. Tout ce petit monde a réussi à convaincre l'entourage de Jean-Marie Le Pen de "monter l'opération Dieudonné", explique l'hebdomadaire satirique, "qui a permis une rencontre devant des caméras qui donnait toutes les apparences de la spontanéité."

Seul le Point fait l'impasse sur les clivages que cette opération ravive au sein du mouvement lepéniste. Pour le Nouvel Observateur, "le soutien de Dieudonné fait grimacer les amis de Marine Le Pen, peu désireux de se scotcher à nouveau une étiquette antisémite." "Car, au même moment, elle déroulait le tapis rouge devant une délégation de la Ligue de défense juive, une organisation pour le moins musclée", écrit le Canard enchaîné. Les deux hebdomadaires convergent aussi lorsqu'il s'agit de clore l'article avec humour malgré la gravité du sujet. "Le lepénisme est un rassemblement!" conclut Claude Askolovitch. Usant naturellement d'un ton plus impertinent, le Canard fait mine de s'émouvoir : "C'est une sorte de fatalité : les lepénistes ont toujours des problèmes avec les Juifs ou les Blacks. Sans parler des Arabes"…

Aucun commentaire: