mardi 19 décembre 2006

Politique fiction

"Ben allez-y, asseyez-vous!" Un membre de l'équipe technique invite les spectateurs hésitants à prendre place dans les gradins. "Les Guignols de l'info" ont beau être un programme au ton irrévérencieux, tout le monde n'est pas à l'aise en rentrant sur le plateau. Pour beaucoup ce soir, pénétrer dans un studio de télévision est en soi un moment solennel! D'autant plus que l'émission est en direct, et qu'à un gros quart d'heure du générique, le ballet des techniciens crée l'effervescence sous les yeux des spectateurs. Premières impressions : on est mal assis, il y a des haut-parleurs et des fils qui courent entre les pieds. Seul le plateau où s'agiteront les marionnettes dans quelques instants baigne dans la lumière. Le reste du studio n'est éclairé que par la lueur faiblarde de quelques spots, ce qui donne l'impression, comme le murmure une personne dans le public, que "c'est pas comme à la télé".

Un chauffeur de salle est là pour donner ses consignes. C'est un spectacle de marionnettes moderne, où l'on explique au public comment interagir, où l'on tente de mettre à l'aise l'auditoire avec des techniques théâtrales. Le ton se veut amical, plein d'humour et de second degré, comme à la grande époque de l'"esprit Canal". Mais le public ne suit pas, et tout cela évoque plutôt une performance de comique raté dans l'arrière-salle d'un café miteux. Notre homme a cependant le mérite de rassurer ceux qui appréhendent déjà l'idée de manquer les applaudissements et de faire capoter l'émission à eux seuls. "Vous verrez, tout se passera bien. On va quand même faire un essai : allez-y, applaudissez, criez, vous pouvez même taper des pieds!" Avec la complicité d'un caméraman, le chauffeur de salle fait mine de dénigrer le manque d'entrain de l'assistance, mais la prise de son est convaincante.

Le public suit silencieusement les programmes de la chaîne diffusés sur les écrans de retour, tandis que le moment tant attendu approche. On sent la tension envahir l'équipe technique. Du côté des cameramen, pas de souci : les angles de vue ont été étudiés, et au sol, de petites croix de ruban adhésif indiquent l'emplacement à respecter. Enfin, la secrétaire de plateau, jeune mais d'aspect sévère avec ses lunettes et sa voix très assurée, entame le décompte quelques secondes avant la diffusion en direct. Cette émission quotidienne est une machine bien huilée: le présentateur PPD ne bondit de sa cachette qu'à la dernière note du générique. Le show démarre donc. Pour le public, les écrans de retour sont les bienvenus, puisqu'on ne voit bien sûr pas mieux en étant assis à douze mètres du plateau – et derrière d'imposantes caméras – que face à son écran de télévision. Mais l'ambiance est là, alimentée par le sentiment général de prendre part à un monument du PAF. On a l'impression que l'émission passe vite, plus vite ainsi que lorsqu'on la regarde tranquillement chez soi.

Enfin, les marionnettes sont démontées et transportées avant d'être remisées. Quel choc de découvrir ainsi Nicolas Sarkozy inanimé et désossé au fond d'un sac en plastique!

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